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CONFIDENCE DE LOREDANA

Après avoir quitté la Roumanie, je me demandais sur quelle planète je venais d’atterrir : chose certaine, elle était bien différente de celle de mon personnage préféré, le Petit Prince. Les routes étaient impeccables, les gens souriaient et ne buvaient pas de vodka pour noyer leur chagrin. On pouvait commander du chocolat, des frites et des friandises. Les magasins étaient immenses, comme des musées de nourriture et de tout ce dont j’avais toujours manqué, des vêtements, des appareils électroménagers, des jouets.

À ma première visite dans une épicerie, je me suis emparé d’un chariot et, comme une véritable folle, je l’ai rempli de tout ce qui me tombait sous la main. Je croyais rêver. Il y avait de tout, des dizaines de sortes de viandes et tout autant de coupes, des poissons, des légumes, des fruits exotiques que je n’avais jamais vus et dont je n’avais même jamais entendu parler. Du lait et des œufs en abondance, des pains, bruns, blancs, croûtés, tranchés, belges, français. Les tubes de dentifrice étaient trois fois plus gros qu’en Roumanie (on aurait dit que je portais des lunettes grossissantes!) et il y en avait des dizaines de sortes.

À la caisse, au moment de me faire payer, et considérant le contenu de mon chariot, la caissière qui, par un hasard merveilleux baragouinait le roumain,  m’a demandé:

-Quelle sorte de chien avez-vous?
-Quelle sorte de chien? Euh… je n’ai pas de chien…
-Alors pourquoi achetez-vous vingt boîtes de nourriture pour chien?